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la Chartreuse de Prémol « vue » au XIX ème Siècle

De nos jours, les touristes qui fréquentent ces lieux recherchent plus les joies de la balade ou du pique-nique que la connaissance historique de l'ancienne Chartreuse de Prémol. A peine prêtent-ils attention aux quelques ruines.


Il en allait tout différemment au Siècle des Romantiques, le visiteur semblant davantage intéressé par le charme de ses vieilles pierres et par son histoire tourmentée, cruellement achevée lors de la Révolution française.


On trouvera dans cette page plusieurs descriptifs de la Chartreuse, parus dans des ouvrages édités au cours du XIXème Siècle :


- Album du Dauphiné, édition de 1835

- la Revue du Lyonnais, recueil historique et littéraire, tome XII, édition de 1856

- A travers le Dauphiné, voyage pittoresque et artistique, édition de 1861

- Mémoires de l'Académie Impériale de Savoie, tome XI, édition de 1869


À noter : les extraits ci-dessous respectent les mots et l’orthographe d’origine de ces ouvrages

Prémol est un ancien couvent de chartreusines, dont la révolution, cette grande destructrice du passé, n'a laissé que de faibles ruines. Ces ruines sont assises au milieu d'un enfoncement de verdure, parmi des pâturages alpestres, que plusieurs ruisseaux embrassent de leurs flots bruyants, et que couronnent de sombres forêts étagées en amphithéâtre.

Ce site est moins majestueux, mais plus riant que celui de la Grande-Chartreuse. Il semble mieux accommodé à la nature du sexe faible qui peut-être aurait supporté difficilement un aspect habituel d'horreur et de tristesse. Là, du moins, on n'est pas isolé du monde par d'inaccessibles rochers. Au contraire, la vue s'y étend, immense et variée, sur des collines, des vallons et des plaines cultivées... Mais ensuite, en reportant ses regards sur ces murs qui s'écroulent et dont l'écho ne redit plus les saints cantiques qui y retentissaient naguère, on se sent l'âme pénétrée d'un vague regret et d'une religieuse mélancolie.


extraits de l'Album du Dauphiné, 1835

Les ruines du monastère de Prémol sont situées sur un plateau élevé dans les montagnes, à deux lieues environ du château d'Uriage : les chemins qui y conduisent sont très-raides et très-rapides. On peut, pour y aller, suivre de préférence la route de Vizille jusqu'à Vaulnaveys et de là monter à la Chartreuse en cotoyant le torrent qui descend du haut d'Arcelles....

Enfin au milieu d'un enfoncement de verdure couronné de sombres forêts étagées en amphithéâtre, l'ancienne façade de la Chartreuse apparaît avec le portail et les deux maisons qui forment les ailes. Cette partie est bien conservée et presque intacte, grâce au soin qu'on a eu de l'entretenir, parce que le bâtiment qui est à droite sert de logement au garde forestier, le seul habitant de cette contrée pendant l'hiver. En entrant par le portail, on découvre de chaque côté les fondations des anciens édifices dont il ne reste  plus que des murs s'élevant à peine au-dessus du sol ; on traverse une cour spacieuse, mais couverte de gazon et l'on arrive directement à l'autre extrémité du monastère où se trouve un autre portail qui servait d'entrée du côté de la montagne...

L'oeil ne peut embrasser sans émotion tous ces bâtiments en ruines qui n'ont été à l'abri ni des violences des hommes, ni des injures du temps ; quelques pans de murailles encore debout et les signes extérieurs d'une église indiquent le lieu où chaque jour la cloche réunissait les religieuses pour adresser des prières au Tout-Puissant ; des murs à moitié détruits, des pierres amoncelées marquent aussi l'étendue du monastère et la disposition intérieure des édifices dont l'emplacement est maintenant occupé par de modestes jardins décorés de quelques violettes ou de quelques rhododendrons...


extraits de la Revue du Lyonnais, recueil historique et littéraire, tome XII, 1856

La Chartreuse de Prémol (Pratum molle) occupe une partie du vallon, assise sur une élévation qui domine le ruisseau. Des pans de murs ébréchés, des arceaux et des portiques à l'état de squelette, une église et des chapelles ouvertes à tous les vents, de vastes corps-de-logis à moitié détruits, des colonnes et des chapiteaux mutilés : voilà dans quel état se trouve aujourd'hui  cette Chartreuse des dames de Prémol...


Ces ruines, noircies, calcinées, prouvent que le feu n'a pas été étranger à la destruction de l'édifice. Des arbustes, des rhododendrons, des sapins, qui ont poussé au milieu de ces débris, leur donnent cet aspect original tant admiré des artistes. Bientôt la nature aura caché sous une puissante végétation les traces de la fureur des hommes...

On trouve dans ces lieux un garde forestier et sa famille qui habitent, à côté de la grande porte d'entrée, une partie des bâtiments échappés à la destruction ; on y voit aussi des scieurs de long, des charbonniers et des bûcherons, des bergers gardant des troupeaux de vaches, de chèvres et de moutons. Nous prîmes une frugale collation chez ce garde...



extraits de A travers le Dauphiné, voyage pittoresque et artistique, 1861

Au plus épais de la forêt d'Uriage en Dauphiné, un bâtiment s'élève parmi de vastes ruines ; c'est là qu'habitent le garde-bois et sa famille, seuls hôtes du désert. Là était autrefois la chartreuse de Prémol, une retraite que les Dauphins avaient consacrés aux fllles de saint Bruno 1 .


1 M. Honoré Pallias, secrétaire de la Société littéraire de Lyon, nous a communiqué l'extrait suivant du manuscrit de Philibert Brun sur la chartreuse de Prémol :

« Prémol, comme marque son nom, est une vaste prairie au-dessus d'une hauteur fort élevée et couronnée de toutes parts de rochers par où l'on découvre les campagnes arrosées par le Drac et les environs de Grenoble jusqu'à Voreppe et au-delà. Il est difficile de s'imaginer un plus beau désert, parce qu'il est extrêmement retiré de tout commerce, et pour son étendue, pour ses bois, pour ses eaux, mais principalement pour sa vue, qui est admirable. »


Il ne reste plus de l'ancienne chartreuse que quelques pans de murs, une fenêtre à trèfle sculptée dans le tuf et deux corps de logis dépendants des anciens communs. Le sol du plateau où elle s'élevait est en grande partie marécageux. A une demi-heure des ruines, il existe un petit lac dont la partie centrale est occupée par une sorte d'île ou de prairie flottante sur laquelle il ne faut se risquer qu'avec précaution, parce que le pied s'y enfonce. Cette singularité a fait donner à la localité tout entière le nom de Prémol.


extraits des Mémoires de l'Académie Impériale de Savoie, seconde série, tome XI, 1869